Pesticides : « Des milliers de molécules dont on ne sait rien »

Lors d’une table ronde, jeudi 30 janvier, à Rennes, un expert de l’Agence régionale de santé (ARS) de Bretagne a avoué : « L’exposition massive de la population aux pesticides nous inquiète fortement. » Le conseil régional se donne pour objectif de sortir la Bretagne des produits phytosanitaires chimiques.

On nous promettait un débat tumultueux où les intervenants n’allaient pas manquer de s’écharper. Ce fut, finalement, un échange courtois où tout le monde semblait d’accord au moins sur un point : les pesticides posent un problème auquel il va falloir s’attaquer sérieusement. Autour de la « table ronde », réunie à l’occasion du Carrefour de la gestion locale de l’eau, jeudi 30 janvier, à Rennes, deux agriculteurs, un représentant d’association de consommateurs, le directeur de l’Agence de l’eau, un vice-président du conseil régional. Au menu : « Produits phytosanitaires : comment s’en sortir ? »

« Tous cobayes »

En guise d’introduction, l’animateur, Denis Cheissoux, résumait le problème d’une formule, qu’il voulait provocatrice : « Nous sommes des cobayes sur une paillasse de laboratoire. » Il ne croyait pas si bien dire. « Si on inclut les métabolites et produits de dégradation des molécules de matières actives, on a, dans l’environnement, des milliers de molécules dont on ne sait absolument rien, lançait, depuis la salle, Thierry Panaget, ingénieur d’études sanitaires à l’Agence régionale de santé (ARS). L’exposition massive de la population, par l’air, l’eau et surtout l’alimentation, nous inquiète fortement. »

Le terrain était prêt pour que Thierry Burlot rappelle que l’ambition du conseil régional est « de sortir des pesticides ». Parce que, juge le vice-président de l’assemblée régionale, chargé de l’environnement, « ils posent un problème de santé publique ».

« Rémunérer les services à la nature »

L’élu socialiste pense qu’il est temps « de réfléchir à une rémunération des services rendus au public, à la nature, aux espaces ruraux que les agriculteurs gèrent ». La solidarité doit aussi, dit-il, « s’exercer entre les métropoles et les territoires ruraux à qui on demande de préserver l’eau, de stocker le carbone ».
« Si, demain, je peux ne plus utiliser le pulvérisateur, je le fais », assure Julien Collin, éleveur de vaches laitières à Bédée (Ille-et-Vilaine). Déjà, il explique avoir réduit au minimum les pulvérisations de phytosanitaires sur ses cultures. Un peu agacé d’entendre faire la leçon aux agriculteurs des gens qui ne savent pas grand-chose de leur travail, Christophe Rousse a, lui, déjà fait un trait sur les pesticides chimiques. Maraîcher à Saint-Armel (Ille-et-Vilaine), il préside la coopérative Solarenn qui, avec Saveol et Prince de Bretagne, a lancé le label « Saveur et nature ». Sous cette étiquette, 176 maraîchers bretons produisent des tomates sans pesticides.

Serge Poirot; journalsite
Source : OUEST-FRANCE.FR – 31/01/2020

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