Lettre ouverte aux agriculteurs de Comines-Warneton

Warneton, le 2 mars 2020

Cette lettre a pour but de dissiper un malentendu.
Depuis 1970 un climat de méfiance et parfois d’agressivité oppose les agriculteurs et les défenseurs de la Nature et de l’Environnement.
Nous croyons qu’il s’agit, en fait, d’une incompréhension réciproque.
Soyons clairs. Les agriculteurs souffrent actuellement d’un manque de considération. Ils pensent qu’on les accusent d’empoisonner les hommes et la Nature entière et en même temps ils voient leurs revenus diminuer, leurs dettes s’alourdir  et la survie de leurs exploitations être menacées.
Et pourtant, la majorité des gens affirment les respecter et reconnaît leur rôle dans la société. Sans les agriculteurs l’humanité ne pourrait se nourrir.
Que s’est-il donc passé depuis 1970 ? Des scientifiques ont découvert une nouvelle science : l’Ecologie. Très vite, il sont mis en évidence des rapports et des équilibres entre le sol, l’eau, l’air et les êtres vivants.
De cette étude s’est dégagée une constatation : l’Humanité doit se remettre en question ; si on continue comme cela on va droit dans le mur !
50 ans plus tard, tout ce confirme : le réchauffement climatique, la disparition des espèces, la dégradation de l’air, des sols, des rivières et des océans.
Il faut changer notre mode de vie, diminuer nos rejets de CO2, réduire les transports, préférer les circuits courts, le biodégradable et réduire notre consommation énergétique.
Et, bien entendu, l’agriculture ne peut échapper à cette révolution. Elle aussi doit respecter les équilibres, elle aussi doit revoir ses pratiques, elle aussi doit savoir se remettre en question.
Nous savons que ce n’est pas facile, les habitude sont tenaces. On vous a fait croire pendant 50 ans que le progrès c’étaient des machines de plus en plus lourdes et coûteuses et des produits phytosanitaires de plus en plus performants. Et nous ne parlons pas de l’artificialisation des terres agricoles par l’IEG qui ampute la surface de vos exploitations pour créer de nouveaux zonings….
Et puis, à l’époque, il fallait nourrir une population en pleine expansion.
Aujourd’hui, les besoins ne sont plus les mêmes, la qualité est préférée à la quantité, les légumes à la viande et les produits naturels à l’aliment industriel.
Une agro-transition s’impose mais nous ne voulons pas qu’elle se fasse au détriment des agriculteurs.

Voici deux exemples locaux qui montrent bien que l’action de notre Collectif n’est pas dirigée contre vous mais, au contraire, dans votre intérêt.

1. Notre opposition au développement de Clarebout à Warneton.
Voici un industriel qui veut produire toujours plus de frites. Pour les vendre, il doit être compétitif, il a besoin de beaucoup de pommes de terre mais au prix le plus bas possible. Comme le fait aussi la grande distribution, il vous exploite et vous devez travailler plus, augmenter vos rendements pour conserver des revenus décents.

2. Notre opposition au développement des porcheries Taveirne et compagnie.
Ces élevages industriels n’ont plus rien à voir avec l’agriculture. A coup d’investissements, de subventions de l’Europe (PAC) et de mécanisation ils vous font une concurrence insupportable. Les exploitations de plus petite taille ne sont plus rentables. Tout cela pour vendre de la viande à bas prix et l’exporter aux 4 coins de la planète.

Les consommateurs que nous sommes n’ont aucun intérêt à voir l’industrie agroalimentaire et les grandes surfaces continuer à vous étouffer à petit feu.
Ils encouragent à réagir, à revenir à des techniques plus traditionnelles, à vous passer progressivement des pesticides quitte à diminuer les rendements.
En contrepartie, ils sont prêts à payer les aliments plus cher quitte à diminuer leur consommation et à réduire le gaspillage. La nourriture doit retrouver sa valeur, il y a tant d’objets onéreux et superflus dont on peut se passer mais, qu’à coup de publicité, on a réussi à nous faire croire qu’ils sont indispensables.

Il y a 40 ans, le C.AD.E.C. tenait le même discours dans une réunion publique à Ploegsteert sous les quolibets et les ricaneries des agriculteurs présents.
Mais aujourd’hui, l’augmentation des prix agricoles n’est plus un tabou. Tout le monde a enfin compris que, si les lois de la Nature sont immuables, c’est notre comportement à tous qui doit changer, radicalement avant qu’il ne soit trop tard.

Guy Lauwarier

 

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