La « Consom’action » : acheter, c’est voter !

Buycott
Source : Pixabay

La “consom’action” est un néologisme qui exprime l’idée selon laquelle on peut “voter avec son caddie” en choisissant à qui l’on donne son argent ; en choisissant de consommer de façon citoyenne et non plus seulement de manière consumériste. Tour d’horizon.

La consommation est l’affaire de tous. Pour s’en convaincre, il suffit de voir que la fameuse “Taxe sur la Valeur Ajoutée” (TVA de 21% sur la majorité des biens et des services en Belgique) représente une part considérable du budget de l’État (± 30%) et environ 7% des revenus des ménages1. L’on comprend immédiatement la profusion d’offres politiques visant à développer, relancer et stimuler la consommation.
Pourtant, consommer n’est pas un geste anodin et ne se limite pas qu’à une simple transaction financière entre offre et demande. Consommer peut devenir un geste militant. Par l’orientation de nos achats, nous – consommateurs – pouvons faire le choix d’une politique en faveur d’une consommation responsable. Car notre consommation influe non seulement sur les recettes générales de l’État, mais également sur notre santé, l’état des ressources, les orientations politiques, l’aménagement du territoire,… et in fine sur l’écosystème Terre dont nous faisons tous partie.
Bref, la consommation peut devenir un véritable outil pour revendiquer la société durable à laquelle nous aspirons.

Le porte-monnaie a du pouvoir

La consom’actrice ou le consom’acteur est un consommateur qui décide d’utiliser consciemment son pouvoir d’achat pour défendre les idées en lesquelles elle/il croit. Dans le contexte actuel, devenir consom’actrice/teur peut, par exemple, se manifester par le fait d’acheter bio et local, des produits issus du commerce équitable, éviter les produits sur-emballés, favoriser le commerce de proximité, etc.
Selon Michel Bogé, président de l’association “Consomacteurs”, il s’agit de promouvoir l’écologie par l’économie : “Nous sommes dans une économie coupée du vivant, contrairement à la Consom’action qui prône une économie vivante. Basculer de notre civilisation matérialiste quantitative du ‘toujours plus’ vers une civilisation spiritualiste qualitative du mieux-être, puisqu’on ne peut pas avoir une croissance infinie dans un monde fini.”
Ainsi, les actes quotidiens de consommation infléchissent les modes de production. Voter, consommer : la différence n’est pas si grande. En votant, les citoyens donnent le pouvoir à des personnes qui expriment des idées en accord avec les leurs. En consommant, c’est tout comme, car choisir des produits et des services qui portent certaines valeurs permet d’infléchir le monde dans lequel nous vivons. Et en l’absence de vote efficace, les consom’actrices/teurs utilisent dès lors leurs décisions de consommation comme moyen d’action.

Se responsabiliser

Afin de se responsabiliser en tant que consommateur, il est indispensable de développer une conscience qui dépasse le cadre restreint du seul acte d’achat. Il ne suffit pas de simplement acheter bio ou d’être sensibilisé au recyclage pour être consom’actrice/teur, bien que ces notions participent activement à la notion de consommation responsable.
Il est également essentiel de développer une vision qui va plus loin en amont et en aval de l’acte d’achat (d’où vient le produit ? Comment et par qui a-t-il été produit ? Quelle est sa durée de vie ? Que devient-il après ?, etc.). L’idée est d’intégrer un comportement qui puisse s’inscrire dans un mouvement plus vaste destiné à dépasser et à rendre caduc le consumérisme ambiant.

Concrètement, cela signifie par exemple :

      • préférer et favoriser les circuits courts ;
      • lutter contre la surexploitation des terres (appauvrissement des sols et des ressources par la course au rendement et à la concentration des productions) ;
      • préférer les produits fabriqués dans le respect des êtres humains et des animaux (pas de travail des enfants, droit au respect et à la parole pour les employés et salariés, pas de tests sur les animaux,…) ;
      • être conscient de sa consommation et apprendre à la maîtriser en se posant, par exemple, des questions judicieuses avant l’acte d’achat : que fait cette entreprise pour les citoyens ? Comment participe-t-elle à l’évolution harmonieuse de la société ? Dans quelles conditions ces produits ont-ils été fabriqués ? Des enfants ont-ils travaillé pour les produire ? Cette marque contribue-t-elle à la sauvegarde de la planète ? Ce produit est-il nocif pour la santé ?, etc.
      • défendre le modèle de consommation responsable et favoriser son développement ;
      • apprendre à penser l’argent comme un moyen d’échange et non comme une fin en soi ou une valeur ;
      • éviter la concentration commerciale qui contraint l’emploi et le choix de consommation ;
      • éviter tout gaspillage alimentaire ou sur-consommation (aval de la consommation responsable), etc…

De la société de l’avoir à la fraternité de l’être

Nous l’aurons compris, la consom’action ne pourra se développer à grande échelle que si un nombre croissant de consommateurs responsables refusent massivement les produits aux marges insupportables, réalisés dans des conditions scandaleuses et ne rentrant pas dans des logiques de diminution des impacts destructeurs sur l’environnement et les liens sociaux. A l’inverse et de façon complémentaire, l’outil du “buycott2” peut aussi jouer un rôle décisif. La consommation responsable correspond à un engagement civique actif en vue d’augmenter la qualité de vie personnelle et collective : bien dans son corps, bien dans son cœur, bien dans sa tête, bien dans sa société et bien sur la Terre (tous ensemble). L’utopie de la consom’action correspond finalement à la transformation de la “société de l’avoir” vers une nouvelle “fraternité de l’être”. Et cela change tout.

Olivier Desurmont

Note :
1. Étude Ethicity 2008.

2. Le “buycott” : la solution positive ! À l’inverse du boycott, bien connu des milieux consom’acteurs, il existe une autre forme de mobilisation, plus positive: le “buycott” ! L’idée ? Pouvoir d’acheter un bien produit par une entreprise qui a les mêmes valeurs que nous et ainsi de lui permettre de se développer », précise le site I-buycott. Cette définition, c’est la raison d’être de l’association française I-buycott, fondée en 2015 par une équipe de bénévoles.
Ses objectifs sont triples : sensibiliser, informer et soutenir une consommation responsable, en tenant compte de la protection de l’environnement, de la santé publique, de la solidarité et de la lutte contre toutes les exclusions sociales.
Son mode d’action s’appuie, entre autres, sur l’organisation de campagnes de boycott contre certaines entreprises via une plateforme en ligne collaborative et la création du label buycott, premier label citoyen en France permettant à des consom’acteurs de labelliser les entreprises éthiques et donc de promouvoir l’économie sociale et solidaire (ESS).
Infos sur i-buycott.org

Références:
• “Au-delà du bio : la consom’action » de Jean-Pierre Rimsky-Korsakoff aux Ed. Yves Michel
“Ecocitoyen au quotidien : La maison, le jardin, le quartier” de Jérôme Chaïb & Jean-Paul Thorez aux Ed. Sang de la terre
Wkipédiai-boycott.org
conso-responsable.over-blog.com
ecoconso.be

Source : Agenda Plus N° 292 (Novembre 2017)

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