Agriculture. Une étude confirme le lien entre cancer et pesticides

Pollution par les epandages de presticides

L’étude AgriCan (agriculture et cancer), qui vient d’être actualisée, confirme le lien entre certains cancers (prostate, myélome1 et lymphome2) chez les agriculteurs et l’utilisation de produits phytosanitaires.

Les agriculteurs développent un risque professionnel de cancers liés à l’utilisation de pesticides.” Le constat du docteur Pierre Lebailly, chercheur épidémiologiste (Unité Inserm, Centre François Baclesse) n’est pas nouveau mais le scientifique rappelle que la situation ne s’est pas améliorée depuis le précédent point d’étape de la cohorte AgriCan (agriculture et cancer) en 2014.

Cette étude lancée en 2005 par la Mutualité sociale agricole (MSA) vise à établir les liens entre cancers et activités agricoles. Elle est menée, dans onze départements, auprès de 181 842 personnes affiliées à la MSA (chef d’exploitations mais aussi conjoint, saisonniers, salariés). Il s’agit de la plus grande cohorte au monde. L’enquête vient d’être réactualisée (2014-2019).

Moins de cancer que dans la population générale

Premier constat : les agriculteurs présentent toujours moins de cancers que dans la population générale (-3 %). C’est particulièrement vrai pour les poumons (-41 % pour les hommes, -32 % pour les femmes), larynx (-44 %), œsophage (-21 %), vessie (-23 %) car ils “fument moins, le tabac étant le premier facteur de risque en cancérologie“, explique Pierre Lebailly. Mais la situation sanitaire pourrait se dégrader à l’avenir. “Les agriculteurs de moins de quarante ans fument désormais davantage que la population du même âge.”

Deuxième constat : les agriculteurs développent beaucoup plus certains types de cancers que le reste de la société. Comme les myélomes (+25 % chez les hommes, 22 % chez les femmes) ou les lymphomes (47 % chez les hommes, 55 % chez les femmes). C’est la conséquence de l’utilisation de produits phytosanitaires. AgriCan, conforté par deux autres études scientifiques norvégienne et américaine, établit un lien entre l’exposition au glyphosate, l’herbicide controversé, et des cas de lymphomes. Même risque pour le terbufos, un insecticide. Le lindane, un antiparasitaire pour bovins, serait impliqué dans les cancers de la prostate d’éleveurs. “Jusqu’à deux fois plus que la population normale…”

On rentre trop tôt dans un champ traité

En arboriculture, les agriculteurs et salariés agricoles qui ont effectué plus de dix années de récoltes présentent également un risque deux fois plus grand de développer un cancer de la prostate. L’hypothèse ? Le délai de retour (ré-entrée) trop précoce dans un champ qui a été traité. “Au cours d’une journée de récolte, la personne reçoit plus de substances sur la peau (par contact) qu’après une journée à traiter… En France, le délai de ré-entrée (72 heures maximum) n’est pas basé sur des mesures de terrain. Contrairement au Canada où le délai peut atteindre quinze jours.”

Comme l’étude AgriCan scrute des pratiques passées, les cancers devraient donc diminuer peu à peu avec l’amélioration de la prévention. Pas sûr. “On utilise encore des fongicides des années 60. Ou des herbicides comme le 2,4 D (2,4-dichlorophénoxyacétique). Et nous rencontrons toujours des difficultés d’évaluation des molécules vis-à-vis de leur risque cancérogène.”

Depuis le point d’étape de 2014, “de nouveaux cancers apparaissent en excès : myélomes chez les femmes, lèvres chez les hommes et lymphomes plasmocytaires dans les deux sexes.” Le chercheur préconise de “diminuer fortement les expositions mais attention que les alternatives proposées ne soient pas pires…”

Source : OUEST-FRANCE.FR – 4 décembre 2019

Notes :

1. Myélome : Le myélome (multiple) est un cancer de la moelle osseuse où . certains globules blancs, les plasmocytes, sécrètent une quantité anormale d’immunoglobuline. Les risques de fracture et d’infections sont au premier plan.

2. Lymphome : Un lymphome est un cancer du système lymphatique qui se développe aux dépens des lymphocytes. Il est caractérisé par des proliférations cellulaires malignes (ou cancers) ayant pris naissance dans un organe lymphoïde secondaire : nœuds lymphatiques, rate ou tissus lymphoïdes associés aux muqueuses (digestives et respiratoires notamment). Les lymphomes, comme les leucémies, font partie des hémopathies malignes.

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